Exposition Beaumont 63

Sculptures dans la Ville.

Juin-Septembre 2004

beaumont 2.png

Assurément,les sculptures d'Yves Guérin peuvent surprendre,déranger, choquer,troubler.Tant mieux,pourrait on dire,en songeant à la remarque du poète René Char:"Ce qui vient au monde pour ne rien troubler ne mérite ni égard ni patience".Dont acte.

L'oeuvre d'Yves Guérin demande à tout le moins égard et patience.

Mais ,dira-t-on,pour quel bénéfice cette patience?

Grand,très grand à mon avis:le bénéfice du doute et de l'étonnement,justement.

C'est tout l'enjeu de l'art,aujourd'hui comme hier,que de donner accès à l'imprévu,de  rendre sensible et concret ce qui,dans l'ordinaire des choses,échappe au réel,le déborde,dément sa destination conventionnelle.Par exemple,que la lourde ferraille,le matériaux brutal et droit comme les certitudes dont l'homme bâtit ses cités,peuvent tout aussi bien se faire légèreté,élans,ronde et souple vigueur,douceur soudaine.Il y faut seulement l'artiste et son don des métamorphoses,ce pouvoir que seul absolument il possède,de libérer dans l'objet le plus trivial son impossible, sa part dormante,bref son utopie.

C'est ce talent particulier qui me stupéfie chez Guérin :voyez comme il rend subtil l'épais,ductile le compact,mouvementé l'inerte.Ces dessins sombres que son geste forge,on dirait,c'est miracle que l'air les porte.

Ce qu'ils signifient?Tensions, rencontres,torsions contradictions,dynamismes,déploiements élancements et ruptures.

C'est-à-dire nous tout entier dans notre intérieur secret,c'est-à-dire

le monde tout entier tel qui'l est  tout entier tel qu'il est réellement sous le visible,sans l'apparence anecdotique des faits,des formes, des événements banals.

Force et douceur,violence et caresse,pesanteur et apesanteur,alliance des contraires:l'homme ramené à ses rythmes essentiels,voilà ce que révèle l'étrange hiéroglyphe de Guérin.

Une révélation qui doit tout au principe de Paul Klee:"L'art ne reproduit pas le visible,il rend visible".

Jean Pierre SIMEON  juin 2004.